Phytothérapie

Connue et appliquée bien avant d’avoir été étudiée, la thérapeutique par les plantes – ou phytothérapie – est, sans doute, aussi ancienne que l’est la maladie.

Dédaigner les vertus de cette médecine de tradition immémoriale, transmise de génération en génération, serait aussi ridicule que de contester les bienfaits indéniables de la médecine moderne. Le triomphe de la chimiothérapie a, certes, porté un coup redoutable à la médecine purement végétale, mais, passé les premiers enthousiasmes, la médecine actuelle remet de plus en plus en honneur les simples plantes médicinales, après avoir établi de façon scientifique les notions de jadis, purement empiriques et partant d’une observation plus ou moins rigoureuse.

Chimiothérapie et phytothérapie






L’introduction de la chimie en thérapeutique fut à l’origine d’incontestables succès, qu’il faut honnêtement reconnaître : les produits de synthèse modernes, ceux d’origine animale ou minérale, ont à leur actif de spectaculaires guérisons. Mais, comme bien souvent, l’enthousiasme soulevé par les nouveaux procédés engendra la négation des méthodes anciennes. Si les remèdes végétaux ne furent pas absolument dédaignés par la médecine nouvelle, ils n’eurent plus, toutefois, droit de cité que sous leur forme très purifiée d’alcaloïdes ou de glucosides.

Tout en ne discutant pas, dans certains cas, la supériorité de ces alcaloïdes ou de ces glucosides sur la simple plante, on s’aperçut, néanmoins, qu’ils agissaient d’une façon à la fois brutale et brève, toujours indésirable, et qu’ils n’étaient pas, bien souvent, dénués de toxicité. On se rendit compte que toutes les substances qui entourent le principe actif de la plante – substances que l’on pensait être inutiles ou accessoires -, loin d’être superflues jouent un précieux rôle complémentaire. C’est pourquoi la pharmacie remplaça assez souvent la forme extrait de plante (qui ne comporte que la partie de la plante reconnue active) par la forme « intrait », qui représente toutes les substances de la plante entière, stabilisées et extraites pour un usage plus commode. On conçoit, dès lors, que la plante médicinale, qui présente le principe actif dans son milieu naturel, réalise la plupart du temps un ensemble et un équilibre souhaitables.

Le Docteur Leclerc, père de la nouvelle médecine par les plantes

En toute objectivité, on peut affirmer que la phytothérapie contemporaine est devenue une véritable science. Pour la dégager des brumes de l’empirisme, les phytothérapeutes modernes ont procédé à un gigantesque travail, sous l’impulsion, il y a une cinquantaine d’années, du docteur Henri Leclerc et de son école. Avant tout, un travail de révision des connaissances, entrepris avec un remarquable esprit critique, permit d’éliminer des plantes jouissant pourtant d’une grande réputation, mais inefficaces en fait. Ce travail limita aussi les indications de certaines plantes, en circonscrivant leurs propriétés réelles; pour d’autres, au contraire, de nouvelles indications furent découvertes; les propriétés de certaines plantes délaissées ou méconnues furent mises en lumière et elles furent introduites dans la pharmacopée; des méthodes rationnelles de culture de récolte et de conservation des plantes médicinales furent aussi définies et appliquées.

Grâce à ces pharmacologues, à ces médecins, à ces botanistes de l’école moderne de phytothérapie, une nouvelle médecine par les plantes est née, dégagée des illusions et de la magie du passé, et d’un esprit rigoureusement scientifique qu’elle ne peut que satisfaire les plus sceptiques. L’exploration de la flore du globe étant loin d’être complète et de nouvelles découvertes étant faites chaque jour sur les propriétés de certaines plantes, l’étude des vertus médicinales des plantes connues ou inconnues nous réserve encore, assurément, beaucoup de surprises. Il semble bien que ces perspectives d’avenir ne soient pas négligées, puisque l’Inde et la Russie viennent de signer un accord selon lequel les participants s’engagent à protéger les plantes médicinales et aromatiques, à en développer la culture et à y rechercher de nouveaux produits utilisables en médecine et dans l’industrie.

Une médecine familiale

On peut affirmer que non seulement la médecine par les plantes est une médecine d’aujourd’hui, mais qu’elle connait même un regain d’actualité grâce aux progrès de la science, à condition de l’envisager d’une façon saine et réaliste, en se gardant bien des exagérations partisanes, dans un sens comme dans l’autre. Retrouvant la vieille tradition des bonnes dames charitables de jadiss, chaque femme devrait avoir à cœur de savoir encore préparer les bons vieux remèdes végétaux d’autrefois et d’assurer ainsi, par cette médecine familiale efficace et en général sans risque, le bien-être de tous les siens. Bien sûr, chacun connait les plantes classiques, vendues librement chez l’épicier, tels la camomille, le tilleul, la verveine, la menthe et l’oranger. Mais nous ignorons sottement bien d’autres plantes modestes et bienfaisantes, qui ne demandent qu’à soulager nos maux en nous pardonnant l’injuste oubli dans lequel les ont plongées notre ingratitude et l’engouement des découvertes chimiques.

Une médecine naturelle

Celui qui fait appel à la médecine par les plantes (tout en reconnaissant intelligemment ses limites et ses possibilités) recherche aussi, d’instinct, à appliquer les mêmes principes simples et naturels à sa façon de vivre tout entière. Veillant, en outre, à son hygiène physique et à son hygiène alimentaire, il pratique ainsi une véritable médecine préventive, qui en lui constituant un terrain robuste et sain, lui permet d’éviter les maladies, voire de lutter contre elles. N’est-ce pas là, précisément, le grand but de notre médecine moderne ?

Médecine lente, peut-être, mais peu à peu bienfaisante et toujours inoffensive, la médecine par les simples ne devrait plus, dans notre monde actuel, être considérée comme une médecine en marge de la médecine officielle, mais devrait s’intégrer à celle-ci pour le plus grand bien du malade.

En apportant à la thérapeutique moderne sa précieuse et éternelle participation, cette médecine des premiers âges redonne au monde un peu de cette sagesse antique dont une civilisation outrancière nous a dépouillés. Comme l’a si bien dit l’Ecclésiaste : « Le Très-Haut a fait produire à la terre des médicaments et l’homme sage ne doit pas les dédaigner ».